Marc et Simonne Bloch entrent au Panthéon.
C’est le 23 novembre 2024 que le Président de la République, à l’occasion du 80ᵉ anniversaire de la Libération de Strasbourg, annonçait l’entrée de Marc et Simonne Bloch au Panthéon. Dans l’aula du Palais universitaire de Strasbourg, cette annonce revêtait une portée toute particulière : celle de rendre hommage à un historien qui enseigna à l’Université de Strasbourg de 1919 à 1936, puis de 1940 à 1941, mais aussi à une famille dont l’histoire est intimement liée à celle de l’Alsace.
Avant d’être un grand historien et un résistant, Marc Bloch fut l’héritier d’un choix. Celui de sa famille qui, en 1871, lorsque l’Alsace fut cédée à l’Empire allemand à la suite de la défaite française, opta pour la nationalité française. Comme tant d’autres familles alsaciennes, les Bloch préférèrent quitter leur terre natale plutôt que de renoncer à leur appartenance à la France. Cet héritage marqua profondément Marc Bloch. Il le porta toute sa vie : sous l’uniforme du soldat durant les deux guerres mondiales, dans le travail exigeant de l’historien à la recherche de la vérité, et dans la Résistance, où il choisit le combat plutôt que la résignation.
Grand penseur du XXᵉ siècle, cofondateur de l’École des Annales, il transforma notre manière de comprendre l’Histoire. Mais son plus grand enseignement fut peut-être celui-ci : la connaissance n’a de sens que lorsqu’elle s’accompagne du courage. À Strasbourg, université redevenue française après la Première Guerre mondiale, il participa à la renaissance intellectuelle de l’Alsace. Nommé chargé de cours dès 1919, professeur en 1921 puis titulaire de la chaire d’histoire du Moyen Âge en 1927, il contribua au rayonnement d’une université redevenue l’un des symboles du retour de l’Alsace à la France.
À ses côtés se tenait Simonne. Longtemps restée dans l’ombre, elle fut pourtant une femme de savoir, de courage et de dévouement. Infirmière volontaire durant la Grande Guerre, décorée pour son engagement, elle fut la première lectrice de Marc, sa confidente et sa collaboratrice. Pendant l’Occupation, tandis que son époux entrait dans la clandestinité, elle protégea leur famille et soutint son combat avec une détermination admirable.
Jusqu’au bout, leur amour demeura leur plus belle résistance. Dans l’un de ses derniers poèmes adressés à son épouse, Marc Bloch écrivait : « Mon amour, hélas, mon seul amour. Quand pour moi l’heure sera sonnée, que tout mortel entend à son tour, tiens-toi bien près de moi, mon aimée. »
Le destin fut cruel. Marc Bloch fut fusillé par les nazis le 16 juin 1944, sans avoir trahi ses compagnons malgré la torture. Simonne s’éteignit quelques semaines plus tard, sans savoir que celui qu’elle avait aimé toute sa vie avait déjà été assassiné.
Le Panthéon accueille aujourd’hui un immense historien, un grand résistant, mais aussi l’héritier d’une histoire alsacienne faite de fidélité, d’engagement et de liberté. Il accueille également une femme dont le courage discret permit à une œuvre et à un homme de traverser le temps.
Marc Bloch avait souhaité que l’on retienne ces mots : « Dilexit veritatem » — « J’ai chéri la vérité ».
La Nation rend hommage à deux destins unis par l’amour, le courage et le service de la France.
À Marc et Simonne Bloch, la patrie reconnaissante.
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