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Sur le terrain

Au revoir, Monsieur Prince

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Vendredi dernier, à Plaine, nous avons rendu un dernier hommage à Robert Prince.
 
Avec sa disparition, notre vallée perd l’un des témoins les plus précieux de l’histoire du siècle dernier.
 
Son parcours raconte à lui seul une part de l’histoire tourmentée de l’Alsace et rappelle ce que furent le courage, l’engagement et la fidélité dans les heures les plus sombres de notre pays.
 
Né en 1925 à Saulxures, Robert Prince grandit dans une Alsace redevenue française après la Première Guerre mondiale. Lorsque le régime nazi annexe de fait l’Alsace en 1940, il participe avec son père et plusieurs habitants de la vallée à aider des personnes à rejoindre la France libre, notamment des familles juives menacées par les persécutions.
 
À seulement 18 ans, il est envoyé au Reichsarbeitsdienst, le service de travail du Reich, dans un camp à Kassel. Il y effectue des travaux forcés, creuse des tranchées et suit un entraînement militaire. Quelques mois plus tard, il est incorporé de force dans la Wehrmacht. Comme tant de jeunes Alsaciens, il est contraint de servir sous un uniforme qui n’est pas le sien.
 
Affecté sur les fronts de Finlande puis de Russie, il connaît la violence des combats et l’éloignement des siens. Parce qu’il écrit en français, son courrier est systématiquement détruit et sa famille reste de longs mois sans nouvelles de lui.
 
En 1944, il est grièvement blessé par balles.
 
Hospitalisé, il doit son salut à l’aide d’un médecin et d’un officier allemand qui lui procurent les moyens de rejoindre Strasbourg. Avec l’aide de plusieurs personnes, il parvient ensuite à regagner Saulxures, alors encore occupée. Jusqu’à la Libération du village par les forces américaines, son père le cache dans un grenier, au péril de sa propre sécurité.
 
Lorsque la liberté revient, Robert Prince choisit de servir la France en s’engageant dans l’armée française. Il participe ensuite à l’armée d’occupation en Allemagne avant de retrouver la vie civile.
 
Homme de devoir et profondément attaché à sa commune, il consacrera ensuite son énergie à sa famille, à son travail et à la vie locale. Il siégera durant plusieurs années au conseil municipal de Plaine.
 
J’avais eu l’honneur de lui remettre la médaille de l’Assemblée nationale.
 
Quelques mois plus tard, la République à travers l’action du Président de la République lui témoignait sa reconnaissance en le faisant chevalier de la Légion d’honneur. Une distinction qui venait saluer un destin exceptionnel et, à travers lui, celui de toute une génération marquée par les drames de la guerre.
 
À sa famille, à ses proches et à tous ceux qui l’ont accompagné au cours de sa vie, j’adresse mes pensées les plus sincères.
 
Robert Prince aura traversé son siècle avec dignité, portant jusqu’au bout les épreuves, les engagements et les espérances de sa génération.
 
Merci, Monsieur Prince.
 
Votre nom et votre parcours resteront gravés dans l’histoire de notre vallée et de notre pays.

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